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Gaïa se sauvera bien toute seule...

 

 

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A l'aube du XXIème siècle, l'espèce humaine n'est toujours pas sortie de son adolescence et son ego reste de sorte comme bouffi de lui-même. Prenant cependant tardivement conscience des sommes de bêtises accumulées les siècles (et surtout les quelques décennies) précédents, lesquelles ont fini par détériorer massivement la biosphère (peut-être de façon définitive), l'humanité commence à avoir pas mal la pétoche...
Un peu à la manière d'un ado qui sortirait le lendemain, dans un brouillard semi-conscient, d'une "skin-party" qu'il a organisé chez ses parents en l'absence de ceux-ci: la maison est ravagée, le mobilier est laminé, la vaisselle explosée, la cave du père a été pillée, les toilettes et la salle de bains sont maculées de déjections, de vomi, de sperme; il se souvient vaguement avoir couché sans protection avec deux ou trois filles, dont une limite suspecte qui lui a auparavant fait un shoot d'héro dans le creux du bras. Maintenant que va-t-il faire ? Les parents rentrent dans deux heures, la fin de son monde est proche... Mais il croit encore qu'il peut s'en sortir ! Il est jeune, il est beau. Il croit fort en lui et s'arme de son seau et de sa serpillère (quelque peu dérisoires au vu de l'état cataclysmique de l'habitation) et s'évertue à réparer les dégâts les plus visibles, c'est bien tout ce qu'il peut faire. Peut-être cela suffira-t-il ? Peut-être ses parents comprendront-ils qu'il a fait de son mieux pour réparer ses torts ? Sans doute ne le mettront-il pas à la porte et ainsi, pourra-t-il poursuivre encore son mode de vie, fait de toujours plus de fuite dans une réalité virtuelle et de débauche physique et matérielle ? Après tout, il en est sûr, il est leur fils, ils l'aimeront toujours !

Ainsi l'humanité s'agite-t-elle en tous sens, avec son balai et sa serpillère... Tel est son nouveau credo: "Il faut sauver la planète, il faut sauver la planète ! ! ! " Et voici qu'elle invente le concept de développement durable ("Promis, on fait de notre mieux... Et maintenant, on peut continuer quand même, dis, s'il te plait ? "). Et voilà qu'elle place la défense de l'environnement en tête de ses priorités (mais juste un peu et pas trop longtemps quand même, parce qu'une crise économique à gérer et une croissance à retrouver, c'est plus important pour ceux d'entre elle qui ont besoin de se faire réélire). Surtout, pas question d'entendre qu'une crise globale, une récession généralisée et sa kyrielle de conséquences hautement imprévisibles (et surtout totalement invendables à n'importe quel électorat), pourraient peut-être figurer une ébauche de solution plus crédible.
Et c'est beau, certains ont l'ego si développé qu'ils sont persuadés que leur pirouette va réussir: et vas-y que j'utilise des lampes basse consommation (mais quelle débauche d'énergie à produire et quelle somme de déchets non recyclables en sortie !). Vas-y que je te pose à grands coûts de crédits d'impôts des panneaux photo-voltaïques sur le toit, afin de me faire payer l'électricité produite à un coût subventionné complètement intenable à terme. Vas-y que je trie mes ordures la main sur le cœur ("ah si c'est pour la planète, ce n'est pas un gros effort à faire au quotidien ma p'tite dame ! ") même si la filière en aval n'est même pas organisée et que tous les déchets terminent au final sur le même tas !
"Je te le dis, on va sauver la planète, on va sauver la planète, on va sauver la planète ! On peut le faire ! Yes we can ! "

Mais bande de tarés, c'est plutôt votre peau qu'il s'agit de sauver ! La planète, elle, elle se sauvera bien toute seule.

Certes, à Gaïa, ça lui fera bien de la peine de mettre un terme à l'expérience humaine, qu'elle avait si patiemment construite, sur laquelle elle a tant veillée et dans laquelle elle a mis tant d'amour. Mais bon, un échec est un échec, il faut bien le reconnaître, même s'il s'agit de sa progéniture. Et qu'est-ce qu'on fait avec une branche pourrie qui menace la globalité de l'arbre ? Et bien on la coupe, bien entendu. On pleure certes, mais on la coupe quand même et puis on en fait le deuil. On recommencera par la suite une autre expérience, ça prendra le temps qu'il faut, mais, du temps, Gaïa n'en manque pas. Que sont trois millions d'années rapportées à son âge et à celui de son Père l'Univers ? Peut-être la tentera-t-elle avec les poulpes (avec leur cerveaux multiples délocalisés dans leurs tentacules, leur intelligence sera-t-elle possiblement moins égocentrique ?), ou peut-être bien avec les dauphins, une autre de ses expériences où elle a décidé de faire partager et faire vivre une grande part de son intelligence émotionnelle. Mais bon, encore faut-il que l'expérience humaine ne les bousille pas d'ici-là ces deux-là... Alors peut-être que l'expérience fourmi se révèlera-t-elle finalement la plus prometteuse ! Car même si l'expérience humaine décidait d'en finir par elle-même de façon radicale, par exemple en se faisant sauter à coups d'ogives thermonucléaires, et bien l'expérience fourmi y survivrait et serait toujours là après... Et puis, le monde fourmi n'est-il pas conçu dans le respect fondamental des principes de fonctionnement élémentaires de la biosphère ?

C'est bien cela qui la rend la plus triste Gaïa... Elle n'a peut-être même pas à faire en sorte que son climat rende la vie humaine impossible, à convoquer des cataclysmes inimaginables ou à se stériliser pour raréfier drastiquement ses ressources. Car l'expérience humaine est tout à fait capable de se supprimer d'elle-même - suicide collectif - sans qu'elle soit obligée de lever le petit doigt. Alors, comme tout parent de suicidé, Gaïa ne comprendrait pas. Elle pleurerait, elle ferait son deuil et puis elle passerait à autre chose, sans jamais nous oublier, sans jamais cesser de nous aimer. Et c'est bien là le seul point de vérité dans le fol espoir illusoire de notre ado: jusqu'au bout, ses parents ne cesseront jamais de l'aimer. Gaïa nous aimera jusqu'au bout.

Alors toi qui me lis, ne cherche donc pas à sauver la planète, Gaïa se sauvera bien toute seule. Mais cherche donc à te sauver toi, sauve toi toi-même ! Cherche Dieu, ne le crains pas, trouve le partout. Vis simplement mais vis à fond. Refuse tout dogme, toute idole, tout compromis (rien d'autre qu'une promesse de con). Décale-toi, n'écoute que ton cœur, vis tes rêves. Adore la vie, chéris-la, fais-là vibrer dans le cœur et les yeux de tes enfants. Et surtout, aime, aime encore et encore, aime à en crever !
Et puis, si parfois tu n'y arrives pas, dis-toi que ce n'est pas bien grave, cela fait juste partie de notre état. Nous ne sommes qu'humains, après tout, et la danse cosmique continuera bien après nous ! De cela nous n'avons pas à avoir peur.


 

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