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| La génétique donne d'étranges résultats ces dernières décennies. Des maladies à l'existence insoupçonnée font surface, souvent inexplicablement, parfois de façon surprenante, voire ridicule. Les mutations se font également de plus en plus nombreuses, touchant environ un humain sur cinq.
Stephen en sait quelque chose ! Il travaille depuis plus de dix ans dans un hôpital achalandé de Montréal. En tant que médecin, il en voit de toutes les couleurs, au sens propre !
Première patiente de la journée: Herménégilde-Dakota, une jeune demoiselle qui a autant de problèmes de vision que de lettres dans son prénom. Elle était accompagnée de sa mère, Krystine, une bonne femme dépourvue de patience
-Salut Herménégilde-Dakota. Quelle est la raison de ta visite ? s'enquit Stephen.
-Je préférerais que vous m'appeliez par mes initiales s'il-vous-plaît. HD.
Sa mère tapait du pied. Elle avait dû attendre très longtemps avant qu'un médecin soit enfin disponible, elle avait plus que hâte que cette visite prenne fin.
-HD a subi plusieurs déformations aux yeux. Elle est daltonienne d'une façon très spéciale: elle est incapable de voir le noir et le blanc. Par contre, elle n'a aucun problème avec les couleurs.
Stephen se figura un instant ce que devait être la vie quotidienne avec un tel handicap. Comment faisait-elle pour lire un livre si elle ne pouvait même pas voir les lettres, ni même les pages elles-mêmes ! ? ! Que voyait-elle lorsqu'elle observait une vache, un échiquier ou un piano ?
-Et ce n'est pas tout ! continua Krystine, qui parlait désormais d'un débit plus rapide. Avant midi, elle voit uniquement de son œil gauche, et avant minuit, seulement de son œil droit !
-Et de quel œil voit-elle à midi et à minuit ?
-Ce sont les seules heures de la journée où elle voit des deux yeux. Quelques fois, elle profite de ces courts moments pour écouter un film en 3D.
Bien qu'il trouvait cela particulier, ce problème l'impressionnait moins. ''Après tout, certaines personnes ne voient pas ne serait-ce qu'une seconde de leur vie. HD a ses deux yeux fonctionnels, ils se donnent simplement le relais ! ''.
-Si seulement il ne pouvait y avoir que cela ! En plus de tout cela, ma pauvre enfant est dotée de la faculté de voir dans le noir !
-Mais... ce n'est pas un désavantage, loin de là. C'est merveilleux ! s'exclama le médecin. Qui donc n'a jamais souhaité avoir une vision nocturne ?
-Docteur, vous ignorez tout ce que je subi, dit Herménégilde-Dakota en sanglotant. Mes amis me prennent pour un félin ! Ils tentent de me mettre un collier et me surnomment ''minette''.
-Et encore ! Sa rétine a aussi...
-Madame, la coupa Stephen, ses problèmes ne concernent-ils que ses yeux ? Si oui, c'est une optométriste que vous devriez consulter.
-Mais monsieur, nous avons attendu des heures, répliqua-t-elle.
-C'est bien dommage, dit-il avec amabilité. Écoutez, je voudrais bien aider votre fille, mais je ne suis aucunement qualifié. Le mieux que je pourrais faire c'est, et vous en êtes tout autant capable, de la réconforter.
Krystine fulminait. Elle avait enduré une interminable attente pour ce verdict ? En tout cas, elle ne remettra pas les pieds dans cet hôpital de si tôt...
Des cas comme ça, Stephen en avait vécu de toutes sortes. Étrangement, les gens ne se référaient jamais au bon spécialiste. Il avait reçu une fois la visite d'un homme dont les molaires brillaient dans le noir, qu'il avait immédiatement renvoyé chez le dentiste. Une autre fois, c'était une femme enceinte de trois enfants conçus chacun à une semaine, tous issus de nationalités différentes (dont un des Mayas). Il l'avait mise en contact avec son meilleur ami, un gynécologue de grande renommée.
Le spécimen le plus étrange qu'il lui est été donné de voir était un homme qui changeait de coiffure chaque jour. Il s'endormait avec un mohawk fuchsia et il se réveillait avec une coupe Longueuil tricolore.
Selon Stephen, le responsable de ces étrangetés génétiques était soit les OGM, soit la pollution. Peut-être un peu des deux. En tout cas, il ne chercherait pas à identifier ni à combattre le coupable, peu importe de quoi il s'agissait. Avec les nouvelles technologies médicales et les nouveaux médicaments hyper-efficaces, les hôpitaux ont été à une certaine époque presque vides. Les salaires de tout le personnel médical avaient chuté, mais les études pour se faire médecin étaient toujours aussi longues et coûteuses. Avec les mutations, le secteur avait connu une hausse vertigineuse (bien que, comme dit précédemment, beaucoup de consultations auraient dû se faire ailleurs, mais ça, ça ne leur enlevait pas du temps de travail...).
Après une éprouvante journée de dix heures de travail, Stephen rentra chez lui. Lorsqu'il arrivait si tard, sa femme et son garçon étaient généralement déjà couchés. C'était selon lui le seul désavantage d'avoir un horaire aussi chargé. Mais d'un autre côté, il était un être tellement dépourvu de qualités que s'il ne gagnait pas un aussi gros salaire, il n'aurait probablement pas de femme. Alors, avoir du temps à lui consacré ne lui aurait de toute façon servi à rien.
Mais ce soir, il ne trouva pas sa femme dans son lit. Il alla voir dans la chambre de son garçon. Personne ! Pris de panique, il prit le téléphone pour appeler sa chérie, et il dû recomposer le numéro 3 fois tant il tremblait.
-Oui allo ?
-Justine ? Einstein soit loué ! Où es-tu ? Le petit est avec toi ?
-Je suis à l'hôpital, avec Albert. Il ne va pas très bien...
-Qu'est-ce qui lui est arrivé ?
La pauvre mère pleura plusieurs bonnes minutes. Stephen, qui au début se sentait rassuré de contacter sa femme et de la savoir avec leur fils, vit son angoisse décupler.
-Il a... une déformation très étrange. Je ne veux pas entrer dans les détails (de toute façon, je n'en serais pas capable vu ma faible connaissance dans le domaine médical). Il y a un ''problème de connexions'' dans son organisme. Sa lymphe, qui ne devrait circuler que dans son système lymphatique, va de plus en plus dans ses veines. Elle ne reste jamais assez longtemps pour atteindre son cerveau, son cœur ou ses poumons, mais le jour où ça arrivera...
Elle sanglota de plus belle. Stephen en avait assez entendu. Contrairement à bien des parents qui auraient vécus cette situation, il ne voulut pas parler à son fils. Il raccrocha après un faible ''je t'aime''.
Il enrageait plus qu'il ne s'inquiétait. Il passait ses journées à soigner des malades sans pouvoir imaginer un dixième de ce que leur entourage ressentait. Maintenant il le savait, et il était dégoûté.
Dégoûté d'avoir reçu tant de patients sans la moindre empathie.
Dégoûté d'avoir vu ces maladies comme une opportunité en or de se remplir les poches.
Dégoûté de lui-même. |

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